AFFiNE. Document, tableau blanc et base de données au même endroit

Les comptes rendus sont dans un outil, les schémas dans un autre, le suivi des tâches dans un tableur partagé que deux personnes seulement savent maintenir. Résultat classique : trois abonnements, et une équipe qui passe son temps à chercher la bonne version.

AFFiNE propose de réunir ces trois briques dans un même espace de travail, open source et utilisable hors ligne. L’outil vise les petites équipes qui veulent garder la main sur leurs contenus sans multiplier les licences.

Affine alternative à Notion

C’est quoi AFFiNE, concrètement ?

AFFiNE est un espace de travail qui fusionne trois choses : un éditeur de documents en blocs, un tableau blanc infini (ce qu’ils appellent le mode « edgeless ») et des bases de données affichables en tableau, en kanban ou en galerie. Le tout avec un assistant IA proposé en option. Leur propre positionnement est assumé : une alternative open source à Notion et Miro réunis.

Le projet est disponible sur macOS, Windows, Linux, iOS, Android, dans le navigateur, et en auto-hébergement via Docker. Le code est sur GitHub (plus de 68 000 étoiles), et l’édition Community est publiée sous licence MIT. Autre point structurant : AFFiNE fonctionne en local-first. Vos documents vivent d’abord sur votre disque, la synchronisation cloud est une couche ajoutée, pas un préalable.

Situons-le : c’est plus ambitieux qu’un éditeur de notes collaboratif, et nettement plus léger qu’une usine à gaz de gestion de projet. La comparaison la plus juste reste Notion, avec un vrai canvas en plus.

Ce qu’on peut faire avec AFFiNE au quotidien

Écrire des documents en blocs

L’éditeur reprend la logique devenue standard : chaque paragraphe, image, tableau ou bout de code est un bloc qu’on déplace. Markdown pris en charge, pages liées entre elles, système de tags. De quoi construire une base de connaissances d’équipe sans passer par un wiki dédié (si vous comparez les options sur ce terrain, notre tour d’horizon des outils pour créer un wiki d’entreprise reste utile).

Basculer le document en tableau blanc

C’est la fonction qui distingue vraiment AFFiNE. Un même contenu s’ouvre soit comme un document classique, soit sur un canvas infini où l’on peut l’entourer de post-it, de flèches, de formes et d’autres pages. Ce qui m’a frappé, c’est que le passage d’un mode à l’autre ne casse rien : le doc reste le doc, il change juste de contexte. Pour une réunion de cadrage, on dessine ; pour le compte rendu, on repasse en texte. Les habitués d’Excalidraw retrouveront leurs réflexes, avec un éditeur de texte sérieux greffé autour.

Suivre des tâches sans ouvrir un troisième outil

Les bases de données font le reste : une vue kanban pour la roadmap, une vue tableau pour le backlog, une galerie pour les maquettes. On reste dans le périmètre d’un suivi d’équipe simple. Il ne faut pas y chercher les dépendances, la charge par personne ou le reporting d’un vrai outil de gestion de projet.

AFFiNE espace collaboratif

L’IA, vendue à part

AFFiNE AI rédige, reformule, résume un document en carte mentale et transforme un plan en slides (fonction encore annoncée en bêta). C’est un module payant, facturé en supplément de l’abonnement. Le tarif exact n’était pas affiché sur la page tarifs au moment où j’écris ces lignes, ce qui est un peu agaçant quand on cherche à budgéter.

Pour quelles équipes c’est adapté ?

Les équipes de trois à dix personnes qui travaillent beaucoup à l’écrit et beaucoup en visuel : agences, studios, équipes produit, cabinets de conseil. Une équipe produit peut poser sa roadmap sur le canvas puis écrire les specs dans le même espace. Un consultant peut préparer un atelier client sur le tableau blanc et livrer le compte rendu dans la foulée.

Le second profil, c’est celui des structures qui refusent l’enfermement propriétaire : associations, collectifs, PME sensibles à l’hébergement de leurs contenus, services publics. Pour eux, l’argument n’est pas la fonctionnalité, c’est la réversibilité.

Combien coûte AFFiNE et que vaut la version gratuite ?

Le modèle est freemium, en dollars. Le plan gratuit (local FOSS plus Cloud Basic) donne des espaces locaux illimités, 10 Go de stockage cloud, des fichiers de 10 Mo maximum, jusqu’à 3 membres par espace et 7 jours d’historique de versions. C’est très correct pour tester, limité pour une équipe.

Le plan Pro est à 6,75 $ par mois en facturation annuelle : 100 Go, fichiers jusqu’à 100 Mo, jusqu’à 10 membres par espace, 30 jours d’historique. Au-delà, le plan Team démarre à 10 $ par siège et par mois à partir de 10 sièges, avec rôles d’administration multiples et support prioritaire. Il existe aussi une licence à vie à 499,99 $ pour un usage personnel, et des contrats sur mesure pour l’entreprise.

Bon, un détail à surveiller : les limites du gratuit portent sur le nombre de membres par espace, pas sur le nombre d’espaces. Une équipe de six personnes ne tient donc pas dans le plan gratuit, même en cloisonnant ses projets.

AFFiNE en auto-hébergement : ce que ça change pour vos données

Le cloud d’AFFiNE est opéré par l’éditeur, et je n’ai pas trouvé d’indication claire sur la localisation des serveurs. Pour une équipe soumise au RGPD avec un DPO regardant, c’est la question à poser avant de signer. L’alternative existe : déployer AFFiNE sur votre propre infrastructure avec Docker, ce qui règle la question de la résidence des données. Même logique que CryptPad dans un autre registre.

Cela dit, l’auto-hébergement suppose quelqu’un capable de maintenir une instance PostgreSQL et Redis dans la durée. Et des utilisateurs ont signalé par le passé que l’instance auto-hébergée reprenait certaines limites du plan gratuit. Le point a évolué depuis, mais vérifiez-le sur votre déploiement avant de promettre quoi que ce soit à votre direction.

gestion des taches avec Affine

À essayer si… / Moins adapté si…

À essayer si :

  • votre équipe jongle en permanence entre un outil de docs et un outil de tableau blanc ;
  • la question de la propriété des données pèse dans vos arbitrages, et l’auto-hébergement est envisageable ;
  • vous cherchez à sortir d’un abonnement Notion ou Miro sans perdre la logique de blocs ;
  • vous travaillez souvent hors connexion, en déplacement ou en train.

Moins adapté si :

  • votre flux de travail repose sur des intégrations natives avec Slack, Teams ou Google Workspace : c’est le point faible évident face à Notion, qui a dix ans d’écosystème d’avance ;
  • vous avez besoin d’une gestion de projet structurée avec dépendances et charge d’équipe ;
  • vous ne supportez pas les produits encore en mouvement. AFFiNE avance vite, avec ce que cela implique de fonctions en bêta.

Ce que révèle la vague des espaces fusionnés

Il y a quelque chose d’ironique dans ces outils qui promettent de mettre fin à la dispersion des outils. Ils arrivent toujours comme un espace de plus à installer, à peupler, à faire adopter. Sauf qu’ici l’argument n’est pas seulement la centralisation : c’est le droit de partir avec ses contenus, de forker le code, d’héberger le service ailleurs si l’éditeur change de modèle économique.

Ce réflexe-là n’existait pas il y a cinq ans dans les équipes que je croise ; il devient courant, probablement parce que trop de monde s’est fait surprendre par une hausse de tarif ou un changement de licence.

Reste la vraie question, celle qui décide de tout : est-ce que votre équipe ouvrira AFFiNE le lundi matin plutôt que l’outil qu’elle connaît déjà ? Commencez par un seul projet, sur un seul espace, et regardez ce qui se passe au bout de trois semaines.

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